La femme et l’homme à travers la quête de l’individuation
Pour Jung, qui s’inspira de la philosophie et des mythes, la libido (pulsions sexuelles) n’est pas l’unique moteur du psychisme : il avance l’idée d’
énergie vitale, au sens plus global. Tout comme l’inconscient, qui n’est pas uniquement personnel, mais qui comporte également des contenus qui ne se réfèrent à aucune expérience vécue, qu’il nomme l’
inconscient collectif.
Cette énergie vitale nous pousse à nous réaliser, à devenir toujours plus nous-même, selon une dynamique qu’il appelle le
processus d’individuation : en nous confrontant à notre masque social, la
persona ; en affrontant notre
ombre (les aspects refoulés ou inconscients), l’
anima ou femme intérieure pour l’homme et l’
animus ou hommes intérieurs pour la femme ; en nous ouvrant à notre
maître intérieur, cet espace de potentialités inconnues, de sagesse et de connaissance innées (notamment à travers l’imagination active et les symboles). L’individuation est une prise de conscience de notre individualité profonde, qui consiste à accoucher de soi-même – comme Socrate disait qu’il faisait accoucher les esprits. Jung explique :
“J’emploie l’expression d’individuation pour désigner le processus par lequel un être devient un in-dividu psychologique, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité” (in-dividere = ne plus être divisé).
Nous prenons réellement conscience de notre véritable identité ou individualité qu’à partir du moment où nous nous demandons, après avoir fait un bout de chemin : “Mais qui suis-je ? Quelle femme, quel homme suis-je réellement ? Et qu’est-ce qui fait que je me sens être moi dans ce corps d’homme/de femme ?
Accepter l’autre en soi. C’est ainsi que nous atteignons le stade d’une véritable intimité avec nous-même (et par la même occasion avec les autres) et vivons dans une authentique inter-dépendance : un nouvel individu est né.
L’énergie sexuelle est donc au service de l’
unité (ne plus être divisé). Et c’est là qu’on touche au paradoxe : je suis femme, c’est-à-dire femme extérieure et homme intérieur, je dois reconnaître mon homme intérieur avant de pouvoir me sentir femme réunifiée, et c’est en me sentant femme que je peux rencontrer l’homme : à ce moment-là il y a union. Un serpent qui se mord la queue ? Comme dit Woody Allen :
“L’éternité, c’est long, surtout vers la fin”.
Voilà le cheminement de la “psychologie des profondeurs” de Carl Gustav Jung,
Ma Vie.
Le masculin intérieur, au prochain épisode.